LE MOT DU FONDATEUR
Dr Pierre BERNARD (†)

Pourquoi les mouvements médico-chrétiens ?

Ils sont très nécessaires pour apprendre aux soignants la pratique des vertus humaines, morales, sociales et surtout spirituelles qui ne sont guère enseignées dans les facultés ou les écoles professionnelles et qui font partie de notre mission de soignants.

En France, la conférence Laennec a inauguré entre les deux guerres une réflexion qui a marqué de nombreux médecins catholiques dans le sens de la compassion et du respect du malade. Nous ne pouvons dire que du bien de la revue Laennec assurée par Patrick Verspieren qui traite avec beaucoup de sagesse les problèmes d'éthique professionnelle et de la revue « Médecine de l'Homme », émanant depuis une trentaine d'années du Centre catholique des médecins français. On y expose principalement
les problèmes de bioéthique dans une perspective évangélique et les aspects trop souvent négligés d'une bonne pratique médicale à tous égards, en tenant compte des besoins moraux et spirituels du malade.

Après la deuxième guerre mondiale, divers médecins protestants ont découvert, dans les rencontres présidées par le Docteur Paul Tournier de Genève, la valeur de la personne humaine aux yeux de Dieu. Son livre sur « la médecine de la personne » publié en Suisse pendant la guerre a été pour beaucoup un message puissant. Par la suite, il a écrit de nom­breux livres sur les confins de la foi chrétienne, de la vie spirituelle et de la santé et il a été un conférencier fort apprécié dans beaucoup de pays.

En 1948, nous avons organisé avec Madame Bergman, à Paris, le premier« congrès médico-social protestant » sous les auspices de la « Fédé » (Fédération des associations chrétiennes d'étudiants) avec le concours apprécié du pasteur Marc Boegner et de nombreux intervenants (dont Paul Tournier). Il s'en est suivi un mouvement « médico-social » protestant (AMSP) qui a tenu des congrès dans de nombreuses villes de France. L'ASMP et son journal « Ouvertures » est un terrain d'écoute, de dialogue avec les pouvoirs publics, avec les églises et le monde de la santé. On y traite en particulier les problèmes de l'éthiqueà l'ordre du jour depuis plusieurs décennies.

En 1956, nous nous sommes trouvés d'une façon plus pressante en présence des responsabilités spirituelles qui incombent aux membres évangéliques des professions de santé. Un jeune évangéliste sud-africain, Francis Grim*, de passage à Paris lors du 6e congrès de l'AMSP a attiré notre attention sur les besoins spirituels des malades, dont de nombreux soignants ont pris conscience dans le monde entier, surtout dans les pays anglophones où existent divers mouvements médico-chrétiens. II en est résulté, pour la France, l'Union Evangélique Médicale et Paramédicale (UEMP), dont les buts sont indiquésà la dernière page de son journal (« Aimer et Servir ») qui paraît depuis 1962.
Notre préoccupation va d'ailleurs plus loin : à l'heure de la mondialisation, nous nous souvenons que Wesley a dit que le monde entier était sa paroisse. Pensons aux pays privés de tout secours médical et aux missionnaires engagés dans le combat de l'Évangile jusqu'aux extrémités de la terre.

* Fondateur (en 1936) et Président de HCFI (Healthcare Christian Fellowship International.